Démence, gènes ou habitudes ? Ce que la recherche change vraiment

Assiette saine, tensiomètre et écran cerveau
Image d'illustration. Habitudes et gènes redessinent le risque. — ADN

La génétique compte, oui. Mais les études récentes montrent qu’alimentation, activité et santé en milieu de vie pèsent aussi lourd dans le risque de démence.

En bref

  • Le mode de vie influence vraiment le risque.
  • Le milieu de vie semble un moment clé.
  • L’alimentation aide, sans aliment miracle.

On a souvent 45 ou 50 ans, un bilan sanguin à faire, une tension qu’on repousse à vérifier, et on ne pense pas du tout à son cerveau. Pourtant, c’est souvent là que ça se joue aussi. En effet, plusieurs facteurs de risque de la démence deviennent particulièrement importants au milieu de vie.

Le milieu de vie, ce moment où l’on peut encore agir

La liste est longue, et elle parle de choses très concrètes, pas d’un destin abstrait. Le rapport cite notamment la perte d’audition, l’hypertension, le tabac, l’obésité, la dépression, l’inactivité physique, le diabète, l’alcool en excès, l’isolement social, les traumatismes crâniens, la pollution de l’air. On ajoute aussi deux éléments, la perte de vision non traitée et un cholestérol LDL élevé.

Mais paradoxalement, c’est plutôt une bonne nouvelle car à partir de 40 ans, un contrôle du cholestérol peut déjà servir de porte d’entrée. Et si on vérifie aussi la tension, on peut ensuite agir avec l’alimentation ou, si besoin, avec un traitement.

Les gènes ne décident pas de tout

Oui, certains profils génétiques augmentent le risque, en particulier certaines variantes du gène APOE. Mais les chercheurs sont de plus en plus clairs sur un point, les gènes ne ferment pas la porte.

Des études ont montré qu’accumuler quatre à cinq habitudes de vie favorables était associé à un risque de démence jusqu’à 60 % plus bas, comparé aux personnes qui n’en avaient aucune ou une seule. Les mêmes chercheurs ont aussi observé que, même chez les porteurs de l’APOE4, le mode de vie restait lié à un déclin cognitif plus lent.

Et pas seulement à 50 ans. Commencer tôt apporte sans doute un bénéfice cumulatif, mais qu’un meilleur mode de vie reste associé à de meilleures fonctions cognitives à tout âge.

Côté assiette, les petits changements ont le plus de chances de tenir

C’est probablement la partie la plus parlante au quotidien. Suivre une alimentation de type méditerranéen est lié à un risque plus faible, quelle que soit la vulnérabilité génétique.

Le régime MIND, mélange d’alimentation méditerranéenne et de régime DASH, revient souvent. Dans une étude menée à Rush University, les personnes qui l’appliquaient le mieux avaient une incidence de la maladie d’Alzheimer 53 % plus basse. Dans le détail, on retrouve les légumes verts feuillus, les haricots et les fruits rouges.

D’autres pistes sont citées, avec des niveaux de preuve plus variables, comme les noix, le curcuma, les aliments fermentés, ou encore le café et le thé. Bon, l’idée n’est pas de transformer un aliment en talisman, mais plutôt d’additionner de petits choix qui tiennent dans la durée.

Pourquoi il faut rester prudent avec les promesses trop simples

Un exemple résume bien le sujet. Très récemment, des chercheurs japonais ont observé un lien entre les repas maison et un risque plus faible. Intéressant, oui. Suffisant, non.

Rappelons toutefois que ce type d’étude montre des corrélations, pas une cause directe. Cuisiner chez soi peut aussi refléter un ensemble plus large, une alimentation plus équilibrée, plus de temps, parfois des repas partagés. Résultat ? Ce sont sans doute les habitudes qui se cumulent, bien plus qu’un geste isolé.

Monique Lefèvre

Spécialiste Santé

Nutritionniste à la retraite du nord de la France.

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